Chronique d’un village de France.

Cette chronique tente de présenter un village qui nous est cher puisque nous y résidons. Elle a été bâtie à la lectures d’archives officielles, néanmoins ces documents ne couvrent pas toutes les périodes sans discontinuité. Il a donc fallu pour certains volets se référer à l’histoire générale de la contrée et l’adapter, c’est pourquoi je livre ce texte avec les réserves d’usage.

SAINT THURIN.

 

Entre le pays Ségusiave et le pays Arverne s’élèvent les Monts du Forez et le pays d’Urphé. Ces deux massifs sont partagés par une vallée où coule plus ou moins nerveusement une rivière appelée « Anzon ».

De l’époque Gallo-Romaine à l’an 1000, environ, ces lieux étaient presque déserts. Hormis les tenanciers d’auberges relais parsemant les voies romaines qui sinuaient au long des crêtes ou quelques « anachorètes » déçus par leurs semblables et en quête de spiritualité, nul n’avait de raison de résider sur ces rudes terres d’altitude difficiles à cultiver. On peut peut-être, penser aussi à une faible représentation de pâtres.

C’est une augmentation de la population des piedmonts au 9ème et 10ème siècle, qui a poussé l’homme vers la montagne. Une grande partie de la plaine du Forez était inhabitable en raison de la multitude d’étangs et de marais où le paludisme régnait à l’état endémique (aujourd’hui, plus de 50% de la zone marécageuse a été assainie).

Au fil de leur migration, les hommes ont créé des voies assez larges, pour faire passer un chariot tiré par des bœufs ou par des chevaux pour les plus riches. Ils ont suivi la rivière jusqu’à une élévation du terrain. Là, la rivière est une cascade et les pionniers ont vu le parti qu’ils pouvaient tirer de ce que la nature leur offrait.

Depuis longtemps déjà, les hommes savaient utiliser la force hydraulique pour faire tourner les roues des moulins liées aux lourdes meules. Alors quelques-uns ont décidé de poser là leurs « balluchons ». D’autres ont continué à ouvrir le chemin vers des lieux plus élevés plus en adéquation avec leur savoir-faire.

Ceux qui ont fait étape se sont armés d’un gigantesque courage, ils ont défriché le terrain, construit leur habitat et assemblé les machines sur les rives, puis petit à petit ils ont prospéré. La population a augmenté par le jeu des naissances et d’autres couples venus s’installer, attirés aussi par les possibilités d’ouvrages.

Reproduction d’un Moulin à Chanvre au Moyen-âge, dans la région

La maison Paysanne de nos ancêtres vers l’an 1000

Pourquoi sommes-nous, aujourd’hui des Saint Thurinois(es) ?

Il faut d’abord savoir qu’un seul village en France est ainsi nommé. Un seul village pourrait avoir une légère similitude avec nous,pas plus, il s’agit de : Thurins 69510.

Au risque de décevoir quelques uns, Saint Thurin n’a jamais existé, aucune hagiographie ne fait état de cet élu ! Par contre tous les publications spécialisées parlent de « Saint Taurin »

La transformation de TAURIN en THURIN est explicable par la similitude entre un H qui n’est autre qu’un A aux jambages désunis et verticaux.

Exemples de lettres du 16ème siècle :

A = et H = .

Ce serait donc un rédacteur maladroit des registres paroissiaux qui serait le responsable de cette mutation.

Dans ses « cahiers » l’abbé Jean Paul Mazioux cite les archives du diocèse de Lyon :  

en 1344  «  Sanctus Taurinus », en 1460 : «  Parrochia Sancti Thaurini » et plus tard en 1772 : Saint Thurain-les-Ruines. Avant 1734, le vicaire Delorme fait mention de Saint Taurin.

Avant d’être élevé à la « distinction suprême de  Saint », Taurin fut l’évêque évangélisateur de la bonne cité d’Evreux (Eure), puis évêque de Lezoux (Puy de Dôme). Si son lieu de naissance est inconnu, son lieu de décès et la date de celui-ci sont sujets à de nombreuses contradictions. 412, 425 et 456 sont évoqués, de toute façon cela n’a aucune importance. Ce qui compte pour nous c’est que ses restes ont été dispersés afin de reposer sur des sites qui ont marqués son sacerdoce. Ses reliques ont été partagées entre Evreux et Lezoux en 892.
De là, au 12
ème siècle, quelques os prennent la direction de l’Abbaye de Cluny.

C’est assurément à la faveur de ce déplacement post-mortem qu’elles ont fait halte dans la chapelle de notre village. En remerciement, le lieu de culte a été consacré à Saint Taurin et en a pris le patronyme transformé ensuite en toponyme.

Chasse contenant quelques reliques de Saint Taurin

En l’église homonyme d’Evreux

Pendant plusieurs siècles le village de Saint Thurin eut le statut de « paroisse annexe de celle de Saint Martin Sauveté », cela voulait dire qu’il était en fait sous l’autorité administrative et religieuse de cette bourgade. L’éloignement de 3 lieues de postes ont permis la possession d’un lieu de culte, probablement érigé au 11ème siècle. Une chapelle ou une petite église servie par un vicaire. Aux 17èmeet 18èmesiècle, ce vicaire est assisté par un « marguiller » : cet homme gère les biens civils et religieux de la paroisse, en plus il est chargé de faire fonctionner les cloches de l’église, là il devient « tireur de cordes ». Jean Rioux a été vicaire de la paroisse de Saint Thurin, de fin décembre 1744 au 13 septembre 1777.

Pierre Germanan l’a longuement assisté en tant que marguiller Tous deux détiennent, probablement, un record de longévité.

Par Daniel Rayez